POUR VIVRE EN HARMONIE AVEC LA MONTAGNE

En Auvergne-Rhône-Alpes, les actrices et acteurs de la montagne s'engagent pour transformer les stations de sports d'hiver en stations de montagne.

Le débat actuel sur l’ouverture des remontées mécaniques lié à la pandémie, reviendra en boucle dans l’actualité de la région dans les années à venir. L’ouverture des stations de sports d’hiver en décembre est malheureusement inéluctablement conditionnée au dérèglement climatique. Il faut saisir l’occasion de réfléchir avec l’ensemble du secteur professionnel et économique de la montagne à la transition à mettre en œuvre pour réduire autant que possible les dégâts humains et environnementaux, et redonner des perspectives à long terme sur les flancs de nos montagnes.

La montagne est une sentinelle du climat. On y voit plus tôt qu'ailleurs les effets des changements climatiques; elle nous impose de réagir. Quand les glaciers disparaissent, quand les crues détruisent des villages, des vallées, quand les stations de basse altitude dépourvues de neige déroulent de tristes serpents boueux en guise de pistes de ski, quand des pans de montagne s'effondrent de plus en plus fréquemment, la montagne nous rappelle que les humains ne gagnent pas contre la nature.

Face à cette injonction impérieuse, nous avons le choix entre deux attitudes :

S’obstiner : la fuite en avant le plus longtemps possible pour s'accrocher au monde d'avant, avant les +2°C, +4°C : fabriquer une neige artificielle à grands coups de canons, rendant toujours plus chère la pratique du ski et du snowboard, sacrifier le rêve d’une montagne accessible au plus grand nombre et populaire, qui a fait rêver nos parents et grands-parents. S’obstiner à investir dans cette neige artificielle qui déçoit les visiteurs et les amoureux et amoureuses des sports d’hiver. S’obstiner à dynamiter la montagne pour proposer de nouvelles pistes, en fuyant vers le haut pour attirer un public plus aisé et plus restreint à qui on suggère que plus les forfaits sont chers, meilleure sera la glisse ! S’obstiner à créer toujours plus de retenues qui impactent la ressource en eau, alors même que nos montagnes sont particulièrement sensibles au risque de manquer d’eau ; pour finalement se heurter tout de même au mur du réchauffement climatique. Au-dessus de 0°C, même les canons ne crachent plus de neige.

Mais cette attitude est une attitude de privilégiés : France Montagne compte plus de 300 stations en France. Une vingtaine seulement peuvent espérer maintenir la pratique actuelle du sport d’hiver à long terme.

Ou alors on peut s'adapter : continuer à utiliser les infrastructures existantes le temps d’inventer d’autres pratiques, le temps de réapprendre à aimer la montagne pour ce qu'elle est : un espace naturel fantastique, avec de la neige pour glisser, mais pas uniquement et pas partout. Utiliser ces infrastructures pour faire autre chose que du sport d’hiver. De la neige toujours, en haute montagne, des paysages beaux et hostiles, qu'un siècle de conquête de la montagne a par endroits transformé, artificialisé, bétonné, avant que l'on comprenne aujourd'hui qu'on ne vient pas chercher en montagne le béton des villes. Ce temps est révolu et nous n'allons pas nous accrocher aux folies du passé.

Nous nous appuierons sur l’existant pour retrouver cette montagne pour toutes et tous, sa neige, ses paysages, ses rivières, ses lacs, ses falaises. Territoires diversifiés pour des sports naturels et pas seulement pour « la glisse ». Entendons-nous bien : nous ne voulons pas renoncer à glisser en hiver : ce surprenant moyen de se déplacer, de faire corps avec la neige, avec la montagne. Nous souhaitons simplement arrêter de détruire cet environnement si fragile, ne plus « fabriquer » une montagne qui dépend de cette mono-activité. Nous continuerons à glisser quand la neige est là et là où est la neige.

 

Alors que proposons-nous ?

  • Permettre aux classes moyennes et populaires de profiter de la montagne. En soutenant les centres de vacances, des transports en communs et navette au départ de villes proches pour profiter d'une journée de sport d’hiver ou de promenade en montagne, et pas seulement l’hiver ! Développer des activités, hiver ou non, au faible impact environnemental, avec les guides de haute montagne, les accompagnateurs et moniteurs indépendants qui peuvent jouer un rôle pédagogique important : ski de fond, ski de randonnée, balade en raquette, éducation à l’environnement, photo nature, découverte des fermes d'élevage en moyenne montagne, du patrimoine, des ateliers d'artisans, de la richesse du vivant aussi.

  • Transformer les stations de ski en stations de montagne et permettre à toutes et tous de profiter de la montagne, en créant des emplois diversifiés à l'année, car la montagne peut être attractive toute l'année : l'hiver avec la neige, aux printemps à la découverte de la biodiversité, les sports de nature : kayak, escalade, randonnée, … en été pour échapper aux canicules, en automne pour visiter le patrimoine, historique, industriel, parcourir les forêts.
  • Orienter cette diversification pour permettre de créer des emplois pérennes, sans abandonner les sports d’hiver, et développer des les offres de tourisme diffus pour faire connaître d’autres pépites qui échappent à la sur fréquentation des stations. 

  • Soutenir les AOP dans nos montagnes, un élevage et une agriculture de qualité, bio. Favoriser l'installation des nouveaux agriculteurs, agricultrices, éleveurs et éleveuses en favorisant l'accès au foncier pour les jeunes et diversifier ces activités. Soutenir une agriculture paysanne durable, adaptée aux écosystèmes montagnards. Ces activités sont indissociables de la beauté de la montagne, elles sont à l’origine d’une partie des paysages. Nous souhaitons utiliser les PNR comme moteurs et exemples d’une nouvelle manière de concilier l’humain et le reste du vivant.

  • La sobriété et la résilience : pas de travaux pour de nouvelles pistes, pas d'extension des domaines skiables, pas de nouvelles remontées mécaniques ni de canons à neige, pas de nouvelle retenue collinaire ; rénover les anciennes, proposer des liaisons plus propres avec les vallées, faciliter l'accès des stations et villages de montagne au plus grand nombre avec des modes de transport les moins carbonés possibles.
  • Proposer une glisse ouverte à toutes et tous. En finir avec des positionnements de stations qui visent un public international de plus en plus restreint, mais dépendent d’investissements subventionnés par de l'argent public, quand à 100 km de là à peine certains enfants n'ont jamais profité d'une journée de glisse !
  • Faire connaître aux populations d'autres endroits où s'évader à proximité des stations et créer par la même occasion des opportunités économiques dans des endroits méconnus du grand public. L'avant pays pourrait ainsi aider le milieu montagnard en proposant une alternative aux gens désireux de se rendre en pleine nature. Cela permettrait de mieux répartir le flux touristique, de pratiquants en différents endroits, et ainsi de réduire la pression sur des endroits sur fréquentés.
  • Rénover l'existant, les centres de vacances, les gîtes, les meublés, en finir avec les passoires énergétiques, et les lits froids dans les stations. Préserver les derniers espaces naturels en les sanctuarisant et créer des nouveaux espaces naturels protégés, refuges d’une biodiversité exceptionnelle et menacée. On ne fera pas vivre la montagne par du développement immobilier et par la croissance des espaces artificialisés utilisés sur deux mois d’hiver.
  • Travailler sur la transition en montagne c'est aussi s'assurer que les personnes salariées travaillent dans des conditions décentes. Proposer un plan pour le logement des saisonniers. Engager un travail sur l'habitat léger réversible écologique pour répondre à leurs besoins en logement.

  • Encadrer le foncier et les prix des loyers en montagne.

  • Développer l’information sur les capacités d'accueil des parkings sur place, dès le départ des routes d'accès, via une application par exemple. Si celles-ci arrivent à saturation, alors les personnes pourraient être averties puis redirigées vers des P+R vers les navettes. Réfléchir à l'accès aux territoires de montagnes via des solutions de transport par câbles et de préserver certaines zones sensibles en en limitant l’accès.
  • La transition passe par les imaginaires ! La montagne hivernale, l’idée du ski, s’est beaucoup développée par les colonies de vacances, les offres de ski dédiées aux scolaires, aux enfants. Il faut une transition de nos imaginaires, en proposant des classes vertes à chaque saison, en offrant l’opportunité à tous les enfants de découvrir une montagne qui propose autre chose que des sports d'hiver réservés aux personnes les plus aisées. Nous devons créer une région qui relie la montagne à celles et ceux qui ne la connaissent pas encore.
  • La montagne, ce sont aussi les vallées, avec une histoire industrielle qui dure encore. Nous devons soutenir les PME de la montagne, faire émerger des filières d'excellence (fabrication d’équipements pour la montagne, randonnée, escalade), soutenir une filière bois locale durable pour la construction, la rénovation, le mobilier et pour le chauffage (pellets). Pensons aussi à développer et valoriser ces AOC bois qui existent déjà plutôt que d’importer le bois nécessaire à nos industries.
  • Engager des plans de formation pour accompagner la transition des activités. Travailler sur la saisonnalité en développant des doubles compétences (Lycées, lycées pro, CFA, universités). Accompagner le soutien aux filières économiques par des formations de qualité : nous n’avons pas, en Auvergne Rhône Alpes, d’école pour l'ingénierie du bois pour en développer l’usage dans la technologie et en faire un matériau d’avenir.
  • En cohésion avec les maires ruraux, orienter les subventions de la région aux transformations qui engageront la transition environnementale et permettront l’émergence de projets issus des territoires. Les bonnes idées existent déjà sur le terrain. Par exemple, le projet de parc culturel autour de l’astronomie, à Valdrôme, pour faire revivre une station de moyenne montagne dont l’activité de sport d'hiver appartient déjà au passé.

  • Redonner toute leur place aux « éducateurs sportifs » (guides de haute montagne, accompagnateurs et moniteurs indépendants), et premiers maillons du tourisme sur le terrain au contact de la population, en leur accordant un rôle pédagogique fort. 

La montagne est un milieu fragile, un milieu naturel, qu'il nous faut préserver. La montagne impacte fortement nos imaginaires, parce que nous nous y sentons en prise directe avec la nature : la neige, les rivières, les roches, les sommets, c'est autour de cela, que nous construirons la transition des stations et nous savons que ce chemin est le bon. La montagne au-delà du tout ski/glisse, c'est possible, sans trahir l'histoire de nos vallées et de nos sommets, en corrigeant les erreurs du 20ème siècle pour mettre en place une économie solide qui nous projette sur le long terme.


 

PREMIERS SIGNATAIRES DE LA TRIBUNE :

  • François Astorg, maire d'Annecy
  • Alain Audigier, artisan couvreur, skieur auvergnat
  • Yann Borgnet, guide de haute montagne
  • Jean-Baptiste Bosson, géographe
  • Jean-Michel Bernardon, accompagnateur en montagne, formateur et coordinateur du Diplôme d'Etat d'alpinisme d'accompagnateur en montagne pour le Centre National de Ski Nordique et des Métiers de la Montagne (École Nationale des Sports de Montagne), formateur pour l'Association Nationale d' Étude de la Neige et des Avalanches
  • Sophie Boussemart, Présidente de la MJC de Lugrin (74)
  • Georges Bouvier, skieur de fond
  • Fred Caizergues, guide de haute montagne, Bureau des Guides des Carroz
  • Sylvia Caizergues, maire-adjoint à la ville de Thyez, chargée de l'environnement
  • Florence Cerbaï, conseillère régionale écologiste Auvergne-Rhône-Alpes, membre du groupe Rassemblement Citoyens, Ecologistes, Solidaires
  • Claude Comet, maire d'une commune de montagne
  • Vincent Delebarre, Guide de haute montagne, moniteur de ski et Entraîneur en Trail
  • Thomas Dossus, sénateur écologiste du Rhône
  • Christophe Dumarest, alpiniste, guide, co-fondateur d'ACTS et d'Ocean Peak
  • Jean-Marc Favre, photographe
  • Rémi Forsans, ex-entrepreneur / ex-directeur exécutif Outdoor Sports Valley
  • Thierry Gamotancien maire d'Autrans
  • Fabienne Grébert, candidate écologiste pour les Régionales en Auvergne-Rhône-Alpes
  • Etienne Hubert, champion du monde de kayak
  • Régis Juanico, député Génération.S de la Loire
  • Hubert Julien-Laferrière, député Génération Écologie du Rhône
  • Véronique Lebar, présidente du comité éthique et sport
  • Émilie Le Fur, présidente de l'association des ecoathletes, triple championne d'Europe de cross triathlon, 5ème du marathon ski tour 2019 (ski de fond)
  • Didier Lehénaff, président fondateur de SVPlanète et auteur de "Un sport vert pour la planète"
  • Pierre Mériaux, adjoint au maire de Grenoble en charge du Personnel
  • Corinne Morel Darleux, conseillère régionale en Auvergne-Rhône-Alpes, membre du groupe Rassemblement Citoyens, Ecologistes, Solidaires
  • Julie Nublat-Faure, adjointe aux sports à la ville de Lyon
  • Yves Paccalet, écrivain, philosophe, journaliste et naturaliste
  • Bruno Pellicier, guide de haute montagne à Grenoble
  • Arnaud Petit, grimpeur, guide et co-fondateur de l'association Actions Collectives de Transition pour nos Sommets (ACTS)
  • Franck Piccard, champion olympique de ski alpin / super-G
  • Eric Piolle, maire de Grenoble
  • Antoine Sauer, fondateur de la solution RopeUp!
  • Heïdi Sevestre, glaciologue
  • Sandra Stavo-Debauge, journaliste indépendante
  • Guillaume Tatu, maire adjoint à la ville d’Annecy, en charge de la jeunesse et de la vie étudiante
  • Yannick Vallençant, guide de haute montagne - Président du Syndicat Interprofessionnel de la Montagne
  • Grégoire Verrière, membre du comité syndical du Parc Régional des Volcans d'Auvergne
  • Daniel Villanova, accompagnateur montagne, coordinateur départemental de l’Union Nationale des Accompagnateurs en Montagne

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